LE TRAFIC D’HÉROïNE, TRADITION ANCESTRALE DU CRIME ORGANISÉ

CF2R – Le trafic d’héroïne, tradition ancestrale du crime …

LE TRAFIC D’HÉROïNE, TRADITION ANCESTRALE DU CRIME ORGANISÉ
Globalement, le trafic de drogues se répartit entre : le cannabis, qui touche le plus grand nombre de consommateurs ; les ATS (Amphétamine Type Stimulants), principalement la métamphétamine, les amphétamines et l’ecstasy ; la cocaïne ; et enfin les produits dits opioïdes. L’héroïne, qui est tirée du pavot à opium (en résumé : pavot-opium-morphine-héroïne) après traitement chimique, est la drogue qui génère le plus de bénéfices pour les trafiquants du monde criminel. Il est à noter que les produits opiacés peuvent être consommés de différentes manières : fumés, inhalés, avalés ou injectés. Ce trafic qui est très ancien reste aujourd’hui la valeur sûre de la criminalité organisée.
Genèse du trafic
Traditionnellement, le pavot était surtout cultivé en Extrême-Orient. Il était très apprécié dans les fumeries de la Chine impériale, puis en Indochine française. La zone dite du « Triangle d’Or » (Myanmar ou ex-Birmanie, Thaïlande, Laos) est même devenue à une époque la première zone de production du pavot duquel est tiré l’opium puis l’héroïne.
A partir des années 1930, les Français ont été très actifs dans le commerce de l’opium. Lors de la popularisation de l’héroïne, ils ont même été au centre du trafic de ce produit stupéfiant en direction des Etats-Unis : c’est ce qui a été appelé la French Connection. Elle a été démantelée au milieu des années 1970. Toutefois, les truands hexagonaux étaient concurrencés à l’époque par la Cosa Nostra américaine. Cette mafia italo-américaine avait alors renoué avec sa cousine sicilienne qui avait connu un regain d’activités à la suite de la libération de la Sicile par les forces américaines en 1943. Un homme avait alors été au cœur de cette affaire : le célèbre Lucky Luciano. Il a su unifier différentes bandes criminelles et mafias pour qu’elles parviennent à internationaliser le trafic d’héroïne à grande échelle. Ces deux filières utilisaient alors un point de passage obligé pour l’héroïne provenant d’Extrême-Orient : la Turquie, où les mafias locales dirigées par des Babas (grands-pères) ont beaucoup de points communs avec leurs homologues italiennes.
Durant la guerre du Vietnam, les groupes criminels américains ont acheté directement la marchandise en Asie du Sud-Est et l’ont expédiée aux Etats-Unis par des vols militaires. Les trafiquants utilisaient alors de nombreux stratagèmes pour échapper aux différents contrôles. C’est ainsi que Franck Lucas, un gangster issu de Harlem, a utilisé des cercueils de soldats tués au combat pour importer de grandes quantités d’héroïne. Enfin, la CIA achetait aussi de la drogue à des groupes armés anti-communistes. La société Air America, alors dirigée en sous-main par Langley, s’est particulièrement illustrée à l’époque dans ce trafic illégal.
Des années plus tard, des organisations criminelles nigériennes ont pris le relais, snas passer toutefois la Turquie. Par contre, elles se fournissaient toujours dans le Triangle d’Or et les pays visés étaient les mêmes : l’Europe occidentale et le continent nord-américain. Le plus célèbre des fournisseurs de l’époque était Chang Chi-fu – alias Khun Sa – surnommé le « roi de l’opium ».
Depuis le début des années 2000, l’Afghanistan a largement supplanté le Triangle d’Or en tant que fournisseur d’héroïne en créant ce que l’on appelle le « Croissant d’Or ». Aujourd’hui, 123 000 hectares de pavot sur les 195 000 que compte la planète se situent en Afghanistan. Les surfaces cultivées dans le monde se sont accrues de 5% en un an et il n’y a pas de raison à ce que cette tendance s’inverse prochainement.
L’ouverture des frontières à l’est après l’effondrement du bloc soviétique a fait intervenir un nouvel acteur : les Organisations criminelles transnationales (OCT) issues d’Europe orientale. Les routes du trafic de drogues vers l’Europe occidentale se sont alors considérablement diversifiées et de nombreux nouveaux consommateurs slaves sont arrivés sur le marché, boostant considérablement la production. Un des parrains du syndicat du crime les plus connus et les plus actifs dans le trafic de drogues est Semion Mogilevich.
Plus surprenant, l’Amérique latine en général, et la Colombie et le Mexique en particulier, se sont lancés dans la culture du pavot et le trafic d’héroïne vient ainsi concurrencer celui plus répandu de la cocaïne. En effet, l’héroïne est beaucoup plus rentable car elle se vend dix fois plus cher que la cocaïne dans les rues des villes du continent nord-américain. Le bénéfice est donc beaucoup plus juteux pour les trafiquants. En conséquence, 60% de l’héroïne présente aux Etats-Unis aujourd’hui provient ou passe par l’Amérique latine !
En Europe si on excepte le Portugal et les Pays-Bas qui sont des pays de transit, le gramme d’héroïne pure (dite « blanche ») se négocie entre 27 et 110 euros ! Comme le produit est généralement coupé en devenant de l’héroïne « brune », laquelle ne comporte plus que 10% de « blanche », les consommateurs payent ce produit de mort bien moins cher. Toutefois, les fourchettes de prix ne restent que des indications, les coûts pouvant varier selon les quantités importées et les « accidents de parcours » rencontrés. Le lieu de vente est aussi fondamental. Ainsi entre la Turquie et l’Europe occidentale, le prix de l’héroïne est multiplié à peu près par dix.
Selon l’ONU, la production mondiale d’opium en 2010 aurait été de 4 860 tonnes, contre 6 900 tonnes en 2009. Cette baisse significative s’explique en grande partie par une maladie qui aurait touché les cultures afghanes. Toutefois, cette baisse devrait être de courte durée et les experts s’attendent à une augmentation significative en 2011.
Rien que le trafic d’héroïne générerait quelque 68 milliards de dollars, dont environ le quart va aux producteurs (de ceux qui cultivent le pavot jusqu’à ceux qui le transforment en héroïne). Cela dit, le trafic de drogues est sévèrement sanctionné. Cela va jusqu’à la peine de mort ,qui est appliquée pour ce chef d’inculpation en Iran, à Singapour, en Chine, au Japon, etc. Toutefois, les autorités combattent avec difficulté le trafic de drogues en général. La raison en est que cette activité concerne une large gamme de métiers allant de l’agriculture en passant pas l’industrie chimique, l’import-export, la logistique, les transports, la gestion de stocks, le marketing, la distribution et le blanchiment massif des bénéfices générés par cette véritable économie souterraine. Elle fait vivre des millions d’hommes et de femmes. Arrêter d’un coup ce marché clandestin (supposition totalement utopique) plongerait des régions entières, voire des pays, dans la plus grande misère. Des émeutes sans précédent éclateraient alors dans de nombreux lieux, en particulier dans les banlieues défavorisées des mégapoles mondiales. Les décideurs politiques restent donc très prudents de manière à ne pas provoquer ces troubles aux conséquences imprévisibles !

Segmentation du trafic de l’héroïne
Alors que dans le passé, des organisations criminelles transnationales assuraient l’ensemble du suivi du trafic d’héroïne depuis la production jusqu’à la distribution, on assiste depuis des années à une segmentation du marché. Cela est dû à l’importance des charges à assumer étant données les grandes quantités de drogue et d’argent désormais traitées.
Les paysans qui cultivent le pavot ne reçoivent qu’une faible partie des bénéfices (2 à 5%). Toutefois, cette culture reste nettement plus rentable que celle des produits de substitution proposés par les autorités. Un des problèmes réside dans le fait que cette monoculture souvent pratiquée dans des zones originellement boisées ou fragiles, entraîne un appauvrissement rapide des sols. De plus, l’utilisation d’herbicides, de pesticides et d’engrais, destinés à augmenter le rendement, provoque de véritables catastrophes écologiques. La transformation du pavot en héroïne nécessite aussi l’emploi de produits chimiques très nuisibles qui sont rejetés dans la nature. Les profits réalisés par les paysans-producteurs sont directement réinjectés dans l’économie locale sans avoir besoin d’être blanchis étant donnée la faiblesse des sommes engagées au départ. Néanmoins, cet argent frais permet de développer une vie locale plus prospère, qui caractérise les régions productrices d’opium par la plus grande aisance des habitants qui y résident. Les exemples de cet état de fait sont légion en Afghanistan et dans les pays du Triangle d’Or.
A part quelques exceptions, la première étape de la phase de l’extraction chimique (l’opium est transformé en morphine base) est faite en dehors des lieux de culture, parfois dans un pays voisin. D’ailleurs, la valeur de la marchandise augmente à chaque fois qu’elle franchit une frontière. En effet, les OCT qui se sont réservées les tâches de transformer et de convoyer la drogue – car ce sont les plus rentables – doivent littéralement « acheter la route » que la drogue emprunte auprès des bandes criminelles ou insurrectionnelles qui sévissent dans les régions traversées. Ces dernières assurent la « protection » des convois tout en prélevant des « taxes » de passage. De plus, les OCT soudoient de nombreux fonctionnaires, particulièrement des douanes ou de la police, afin qu’ils ferment les yeux sur ce qui se passe. Tout cela à un coût ! A plusieurs reprises, des convois de drogue qui transitaient par le Sahel ont eu maille à partir avec des groupes d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui trouvaient que la somme qui leur était attribuée pour laisser passer ces caravanes au chargement un peu particulier n’était pas assez importante !

Enfin, il y a la distribution. Les OCT amènent la drogue en quantité dans les régions visées et la stockent dans différents endroits tenus secrets et placés sous bonne garde. Les réseaux criminels locaux viennent leur acheter de petites quantités de drogue qu’ils se chargent ensuite de distribuer, sur le terrain, aux consommateurs. D’infinies précautions sont prises pour que les services de police, qui connaissent généralement assez bien ces délinquants de moindre importance, ne puissent remonter jusqu’aux fournisseurs. En effet, c’est par mesure de sécurité que les OCT ne vendent pas directement au public. Le commerce de détail aussi appelé « trafic de fourmis » obéit aussi à des règles strictes avec ses lieux de stockage intermédiaires et des revendeurs à la sauvette qui sont protégés par les membres des bandes criminelles. Les profits générés par ces ventes sont réinjectés directement dans l’économie légale, comme c’est le cas au départ, lors de la production. Cette économie souterraine fait vivre des quartiers entiers qui sont devenus des « territoires » de groupes criminels. Les guerres entre bandes se déclenchent lorsque l’une d’entre-elles tente d’empiéter sur un territoire voisin. Les favelas brésiliennes sont une bonne illustration de ce phénomène que l’on retrouve, d’une manière un peu moins visible, dans les banlieues des grandes villes occidentales.
Par contre, les OCT utilisent des techniques très sophistiquées pour blanchir les importantes quantités d’argent qu’elles ont accumulé. Cet afflux de capitaux dans l’économie légale serait même à l’origine de nombreuses bulles financières qui pourraient amener à terme une catastrophe économique mondiale alors que la situation est déjà fortement dégradée. Enfin, les effets néfastes sur les consommateurs sont bien connus : dépendance, violence, mort par surconsommation, SIDA provoqué par l’utilisation de seringues contaminées, etc.
Le blanchiment d’argent sale
Le blanchiment d’argent sale est une expression qui date d’Al Capone. Ce dernier avait investi, en 1928, une partie de ses bénéfices criminels dans une chaîne de blanchisseries Sanitary Cleaning Shops. Aujourd’hui, les circuits habituels, composés de casinos, bars, restaurants, commerces, bijouteries, sociétés civiles immobilières, etc. ne suffisent plus à absorber les quantités faramineuses d’argent illégalement gagnées. Les OCT se sont donc payées les services de traders diplômés des écoles les plus prestigieuses pour qu’ils se livrent à des montages financiers complexes qui passent souvent par différents paradis fiscaux. Pour cela, ils ont besoin de complicités achetées à grands frais au sein du système bancaire, des sociétés de transfert de fonds (qui se font aujourd’hui très majoritairement de manière électronique mais les versements en cash assurés par des porteurs existent encore), de bureaux de change, etc.
Une nouveauté : en cette période de crise monétaire internationales,, il semble qu’il y ait des achats plus que douteux de matières précieuses : or, argent, diamant, etc. Tout cela coûte très cher si bien que la moitié du prix de vente d’une dose de drogue est consacrée au blanchiment de l’argent versé !
Les routes de la drogue
Les routes de la drogue sont relativement traditionnelles. Si elles utilisent parfois la voie aérienne, la plus employée – car la plus pratique – reste la voie maritime. En 2009, seulement 2% des 420 millions de containers qui ont voyagé de par le monde ont pu être inspectés. Les ports maritimes sont donc des points extrêmement sensibles à surveiller.

La cocaïne sud-américaine rejoint l’Europe soit directement, soit en faisant un crochet par l’Afrique de l’Ouest ou du Sud.
Pour l’héroïne, celle qui a pour origine le Triangle d’Or passe majoritairement par la Chine communiste, via la province du Yunnan, pour rejoindre les Etats-Unis en traversant l’océan Pacifique. La Chine est également un gros consommateur de cette drogue avec 2,3 millions d’héroïnomanes.
Un deuxième flux rejoint l’Europe par la route de la soie (Asie centrale), par la route des Balkans (Iran, Turquie, Bulgarie, Balkans ou dans une moindre mesure par la Grèce) au nord et par l’Afrique de l’Est, au sud. Une partie de l’acheminement transite par le Proche-Orient.
En ce qui concerne la production du Croissant d’Or, les trafiquants empruntent majoritairement la route de la soie, la route des Balkans mais aussi celle du Proche-Orient. Une petite partie transite également par l’Afrique, en particulier via le Kenya et la Tanzanie, puis par le Sahel ou l’Egypte. Fait nouveau, des quantités importantes d’héroïne afghane ont été retrouvées en Chine, pays qui semble ne plus se contenter uniquement de celle produite dans le Triangle d’Or. Le même phénomène a été constaté pour la zone Asie-Pacifique et particulièrement en Australie.
Les pays fournisseurs d’opium et d’héroïne
L’Afghanistan
En 2010, en dépit de la diminution de la production d’opium évoquée plus avant (4 860 tonnes contre 6 900 en 2009), l’Afghanistan reste, de loin, le premier producteur mondial avec 74% des parts de marchés contre 87% en 2009. 80 à 90% de l’héroïne consommée en Europe occidentale provient d’Afghanistan.
Les zones de production de pavot qui abritent 123 000 hectares sont essentiellement situées dans le sud du pays, particulièrement dans les provinces d’Helmand, de Kandahar, de Farah, de Nimroz et d’Uzurgan, qui sont sous le contrôle des taliban. Ces derniers prélèvent une taxe sur la production. 48 laboratoires de transformation d’opium en héroïne ont été découverts en 2010. L’Afghanistan est le seul pays à posséder de telles installations dans la région, les autres pays se contentant d’être des zones de transit. Selon l’ONU, il y aurait de 300 à 500 laboratoires sur le sol afghan.
En 2009, ce sont 365 tonnes d’héroïne afghane qui auraient été envoyées à l’étranger : 160 via le Pakistan, 115 via l’Iran et le reste par le Tadjikistan, l’Ouzbékistan, le Kirghizstan et le Turkménistan. Pour assurer la sécurité des paiements, les trafiquants font appel au système de la hawala qui empêche l’identification des émetteurs des fonds. Les ordres de virement sont donnés principalement depuis la province d’Helmand suivie par celle d’Herat. Dubaï en est le principal destinataire, devant les villes pakistanaises de Peshawar, Quetta et Karachi. Il semble d’ailleurs que des représentants de la pègre mondiale apprécient tout particulièrement les mégapoles pakistanaises pour y effectuer des séjours touristiques et ce, malgré l’insécurité latente qui règne dans le pays…
Si les talibans utilisent le trafic de drogue pour financer leur combat et faire vivre les populations qu’ils maintiennent sous leur coupe (155 millions de dollars en 2009), il en est de même pour de nombreux chefs de guerre qui appuient le régime du président Hamid Karzaï. Depuis 2001, des bandes purement criminelles se sont développées à Kaboul et dans tout le pays où elles se livrent à de nombreuses activités, dont les trafics illicites, les prêts usuraires, la fraude, la corruption, le marché noir, les vols avec violence, les enlèvements crapuleux, etc. De toutes façons, le problème de la drogue est incontournable dans le pays, l’opium étant la première source de revenus estimés à 35% du PIB. L’ONU estime que l’opium rapporte globalement 2,2 milliards de dollars par an aux trafiquants afghans. Même en 2000, quand les talibans avaient interdit aux agriculteurs de cultiver le pavot, c’était en réalité pour écouler les stocks qui étaient surabondants et faire ainsi remonter les prix. Quant aux autorités politiques, militaires et policières afghanes, elles sont tout simplement totalement corrompues. Même les forces de l’OTAN ne sont pas exemptes d’erreurs d’appréciation.
Le Myanmar
Le Myanmar (ex-Birmanie) est le pays de production traditionnel de l’opium et le principal fournisseur pour toute l’Asie du Sud-Est. Il est en tête de liste (avec la Somalie) des pays les plus corrompus de la planète, ce qui facilite bien des choses. La junte militaire qui gouverne le pays (dénommée State Peace and Development Council /SPDC[1]) a assuré qu’elle éradiquerait les cultures de pavot d’ici 2015. Elle semble en réalité favoriser cette activité qui remplit les caisses de l’Etat à hauteur de un à deux milliards de dollars par an. Pour ce faire, l’armée (Tatmadaw) participerait directement au trafic en assurant la protection des cultivateurs, le transport et le stockage de la marchandise. Parallèlement, les mouvements d’opposition armés, l’United Wa State Army (UWSA), la Shan State Army-South (SSA-S), la Shan State Army-North (SSA-N), la Democratic Karen Buddhist Army (DKBA) et des groupes criminels chinois, dont la triade 14K ,ont étendu leurs réseaux de l’Inde à la Malaisie jusqu’en Chine avec la complicité active du SPDC !
Les cultures sont en constante augmentation depuis 2006. En 2010, elles couvraient 38 100 hectares soit une augmentation de 20% en un an seulement ! Fort logiquement, la production d’opium birman est passée de 300 à 580 tonnes. Les plantations sont principalement concentrées dans l’Etat Shan, situé à l’est du pays. Les bénéfices générés sont directement réinvestis dans l’économie locale et dans des banques étrangères ayant des succursales à Bangkok et à Singapour. Accessoirement, le Myanmar est un important producteur de metamphétamine. La politique pour le moins laxiste du Myanmar vis-à-vis du trafic de drogues est à l’origine de problèmes avec son voisin thaïlandais qui pourraient dégénérer dans l’avenir en affrontements armés.

Le Mexique
Si le Mexique est surtout connu pour être un pays de transit pour la cocaïne colombienne, péruvienne, bolivienne et équatorienne, les cartels locaux sont en train de se lancer dans la culture du pavot et sa transformation en héroïne. Ainsi, 20 000 hectares, situés principalement dans la région de Sinaloa, génèrent déjà 426 tonnes d’opium pouvant fournir théoriquement 40 tonnes d’héroïne pure. D’ailleurs, une des caractéristiques de l’héroïne mexicaine est d’être plus pure que les produits en provenance du reste de la planète. Elle est donc très appréciée !
Non contents d’être des producteurs, les cartels mexicains, en tête desquels se trouvent celui de Sinaloa et les Zetas, ont lié des contacts avec les mafias italiennes, plus particulièrement avec Cosa Nostra (Sicile) et la ‘Ndrangheta calabraise (ces deux organisations collaborent étroitement), pour se fournir en drogue afghane en passant par des sociétés écrans implantées en Turquie. Bien qu’aucune preuve n’en ait été apportée à ce jour, il est probable que les mafias turco-kurdes sont parties prenantes dans ce trafic destiné au marché nord-américain.

Les autres pays producteurs
Les autres principaux pays producteurs d’opium sont le Laos (avec 3 000 hectares de plantations et 18 tonnes d’opium fournies en 2010), la Thaïlande (289 hectares de plantations produisant cinq tonnes d’opium), l’Inde et le Pakistan.
La surface globale des cultures y est estimée à plus de 10 000 hectares. La chose inquiétante réside dans le fait que ces étendues ont tendance à s’accroître d’année en année. Ainsi, 2010 aurait connu une augmentation globale de 30% et de 75% rien que pour l’Asie du Sud-Est !

Selon l’ONU, le nombre de consommateurs de produits opiacés dans le monde serait relativement stable. Il se situerait entre 12 et 21 millions, dont 12 à 14 millions seraient des héroïnomanes. Ceux-ci se trouvent majoritairement en Amérique du Nord – où les consommateurs détournent de plus en plus des médicaments à base de produits opiacés pour en faire un usage illégal – en Extrême-Orient et en Europe orientale et occidentale. Malgré les prix élevés pratiqués, l’Afrique commence également à avoir ses propres héroïnomanes. Il faut dire que le continent noir fournit de nombreux passeurs, voire des réseaux entiers, principalement basés au Nigeria et au Ghana. Il semble donc logique qu’une petite partie de la drogue soit consommée directement sur place. La France compterait 190 000 consommateurs réguliers d’héroïne derrière la Grande-Bretagne (350 000) et l’Italie (216 000). Tout ce trafic aurait rapporté 68 milliards de dollars aux organisations criminelles, dont 60 milliards pour l’Afghanistan seul. Les grands gagnants de ce trafic de mort sont les OCT turques, chinoises, italiennes, nigérianes, mexicaines, des ex-pays de l’Est et les bandes criminelles nationales qui assurent la distribution de la drogue directement sur le terrain. Ce trafic est donc une valeur sûre qui pourrait encore prendre de l’ampleur dans l’avenir.
• [1] Elle a changé de nom en mars 2011 suite à la nomination d’un nouveau « gouvernement démocratique ».

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